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Perspectives Macroéconomiques EuropeÉté 2025

Croissance molle, désinflation avancée et retour sélectif du risque en zone euro.

Format
Note stratégique
Couverture
Zone euro + France
Temps de lecture
11 min

Date de référence : fin juin 2025
Couverture : zone euro avec focus France
Positionnement : note de stratégie macro et sectorielle à destination d'investisseurs professionnels

1. Résumé Exécutif

L'Europe aborde l'été 2025 dans une phase de normalisation inachevée. Le scénario central n'est plus celui d'une récession, mais celui d'une croissance faible, diffuse et hétérogène, avec une dynamique domestique qui se stabilise alors que l'industrie reste en convalescence. Les projections de juin 2025 de la BCE situent la croissance du PIB réel de la zone euro à 0,9 % en 2025, avant une accélération modeste en 2026. La désinflation progresse, avec une inflation totale attendue à 2,0 % cette année, mais l'inflation des services et les salaires négociés empêchent encore la banque centrale de déclarer la victoire.

Pour les investisseurs, le changement de régime le plus important est monétaire. Après le pic de resserrement de 2023-2024, la BCE a ramené le taux de dépôt à 2,00 % début juin 2025. Ce contexte est favorable à une reconstruction graduelle de la duration en zone euro, à condition de rester sélectif sur le crédit et attentif aux risques budgétaires nationaux.

La France reste dans une trajectoire de croissance inférieure à celle de plusieurs grands voisins. La demande privée se normalise lentement, l'investissement des entreprises demeure prudent et la consolidation budgétaire limite la marge de relance publique. En contrepartie, la France bénéficie d'une inflation nettement plus modérée que la moyenne de la zone euro, ce qui soutient le revenu réel des ménages. Le taux de chômage au sens du BIT est resté à 7,4 % au deuxième trimestre 2025, signe d'un marché du travail qui se détend sans rupture.

Notre lecture d'ensemble pour l'été 2025 est la suivante : le portage redevient une source de rendement crédible sur les taux européens, les actions doivent être abordées par la qualité et la visibilité bénéficiaire, et la dispersion sectorielle augmente. Dans ce cadre, nous privilégions la technologie européenne de qualité, les infrastructures énergétiques et utilities régulées, et nous restons plus prudents sur le luxe, dont le cycle dépend encore fortement d'une reprise plus tangible de la demande chinoise et d'une meilleure traction sur le consommateur haut de gamme mondial.

Suggestion de visuel : une page d'ouverture avec trois cadrans synthétiques ("croissance", "désinflation", "assouplissement BCE") accompagnés d'une jauge de conviction sur le scénario central.

2. Indicateurs Macro Clés

Le cadrage macro de l'été 2025 est celui d'une économie européenne qui sort progressivement de la stagnation, sans entrer dans une phase d'expansion franche. La consommation résiste mieux, l'investissement privé reste freiné par les conditions financières et le commerce extérieur ne fournit qu'un soutien irrégulier.

Indicateur cléZone euroFranceLecture d'investissement
Croissance du PIB réel 20250,9 %0,6 %Croissance positive mais insuffisante pour soutenir tous les segments cycliques
Inflation totale 20252,0 %environ 1,0 %Désinflation avancée, surtout en France
Inflation sous-jacente 20252,4 %n.d.Les services empêchent un pivot monétaire trop agressif
Chômage mi-20256,2 % dans la zone euro7,4 % au T2 2025Marché du travail résilient, sans emballement salarial

Sur la croissance, la zone euro reste tirée par les services, le tourisme, certains segments de la construction non résidentielle et une amélioration progressive du revenu réel. En revanche, la production industrielle conserve des poches de faiblesse, notamment dans les chaînes les plus exposées à la demande mondiale et à la Chine. L'Allemagne reste un point de fragilité, tandis que l'Espagne et plusieurs économies du Sud continuent d'offrir un profil plus résilient. Pour la France, le message est clair : l'économie évite le trou d'air, mais n'affiche pas encore une dynamique suffisamment forte pour justifier un re-rating généralisé des actifs domestiques.

Sur l'inflation, la bonne nouvelle est que le choc énergétique n'est plus le moteur principal des surprises haussières. La hausse des prix se rapproche de la cible de la BCE, mais la trajectoire est moins linéaire qu'en début d'année. Les composantes liées aux services, aux loisirs et à certaines dépenses discrétionnaires restent collantes. C'est précisément ce qui explique la prudence de la BCE : la bataille contre l'inflation totale est presque gagnée, celle contre l'inflation domestique ne l'est pas encore tout à fait.

Sur l'emploi, la zone euro conserve un point d'appui essentiel. Avec un chômage proche de ses plus bas historiques, le marché du travail amortit le ralentissement industriel et soutient la consommation. En France, la stabilité du taux de chômage à 7,4 % au deuxième trimestre 2025 suggère un ajustement progressif plutôt qu'un retournement brutal.

Suggestion de visuel : un tableau de bord en trois graphiques : 1) croissance du PIB 2024-2026 zone euro vs France, 2) inflation totale et sous-jacente en zone euro, 3) chômage zone euro vs France avec mise en évidence du plancher cyclique.

3. Perspectives de Politique Monétaire de la BCE

La BCE est entrée à l'été 2025 dans une phase de calibration fine. Le cycle de resserrement est derrière elle et l'assouplissement a commencé, mais le Conseil des gouverneurs ne souhaite pas valider trop rapidement l'idée d'un retour automatique à une politique franchement accommodante.

Notre scénario central pour l'été 2025 repose sur une BCE plus flexible que dovish. Le taux de dépôt à 2,00 % se rapproche d'une zone neutre, mais n'est pas encore suffisamment bas pour relancer fortement le crédit ou l'investissement. En pratique, cela signifie que la banque centrale peut se permettre une pause tactique pendant l'été, tout en gardant la porte ouverte à une ou deux baisses supplémentaires avant la fin de l'année si la tendance sur les prix domestiques confirme.

Deux implications de marché découlent de cette lecture. Premièrement, la courbe des taux en zone euro peut continuer à se pentifier modérément par l'avant, car le pic de restriction monétaire est passé. Deuxièmement, le resserrement des spreads souverains périphériques reste défendable dans le scénario central, mais devient plus vulnérable dès lors que la discipline budgétaire nationale est remise en cause, en particulier en France et en Italie.

En résumé, la BCE n'est plus l'obstacle principal pour les actifs européens, mais elle ne constitue pas non plus un filet de sécurité inconditionnel. Les actifs qui bénéficient le plus de ce régime sont ceux qui combinent visibilité bénéficiaire, sensibilité modérée au cycle et valorisations encore disciplinées.

Suggestion de visuel : une frise chronologique du taux de dépôt de la BCE depuis 2023, superposée à l'inflation totale et à l'inflation sous-jacente de la zone euro.

4. Analyse Sectorielle : Trois Segments à Surveiller

4.1 Technologie européenne : qualité, logiciel et semi-équipement

La technologie européenne mérite d'être abordée de façon plus discriminante qu'au cours des cycles précédents. Les dossiers de qualité, adossés à la transformation numérique des entreprises, aux logiciels critiques et aux goulets d'étranglement de la chaîne des semi-conducteurs, conservent un profil attractif même dans un environnement de croissance nominale modérée. Les publications de sociétés comme SAP et ASML confirment que la demande structurelle liée au cloud, à l'IA et à la modernisation des infrastructures numériques reste intacte, même si le calendrier des commandes demeure volatil.

L'intérêt du secteur en été 2025 tient à trois facteurs : la détente des taux, la persistance d'un pricing power supérieur à la moyenne sur certains actifs logiciels et une exposition à la reprise mondiale sans dépendre exclusivement de la demande domestique européenne.

La discipline reste toutefois indispensable. Nous privilégions les sociétés avec carnet de commandes visible, marge brute robuste et exposition mesurée au hardware grand public. Les principaux risques sont un euro trop fort face au dollar, un durcissement des restrictions commerciales sur les technologies sensibles et un décalage des investissements clients au second semestre.

4.2 Énergie, réseaux et utilities : le retour du rendement utile

Le secteur énergétique européen n'est plus seulement un thème de choc d'offre ; il redevient un thème de capex, de réseaux et de visibilité réglementaire. Après la crise de 2022-2023, les enjeux se déplacent vers le stockage, les interconnexions, l'électrification et la rémunération des actifs régulés. Dans un environnement de taux moins contraignant, les utilities intégrées et les opérateurs de réseaux retrouvent un attrait structurel, à la fois pour leur profil défensif et pour leur capacité à convertir des plans d'investissement massifs en croissance de résultat relativement lisible.

L'été 2025 est particulièrement favorable aux modèles combinant génération de trésorerie, discipline d'allocation du capital et exposition aux infrastructures plutôt qu'aux segments renouvelables les plus spéculatifs. Des groupes comme Enel, Iberdrola ou Terna illustrent cette asymétrie.

Le risque principal reste géopolitique. Une tension au Moyen-Orient ou un choc sur le gaz naturel réintroduirait rapidement de la volatilité macro et mettrait à l'épreuve la désinflation européenne. Mais en l'absence de nouveau choc énergétique, le secteur offre l'un des meilleurs couples visibilité/valorisation du marché européen.

4.3 Luxe : franchise intacte, dynamique cyclique encore fragile

Le luxe européen reste un secteur de très grande qualité, mais il n'est pas, selon nous, le meilleur levier tactique pour l'été 2025. Le sujet n'est pas la robustesse des franchises, qui demeure élevée, mais la faible visibilité sur le rythme de normalisation de la demande en Chine et sur la capacité des groupes à continuer de compenser le ralentissement des volumes par la hausse de prix et le mix produit. Les résultats de LVMH illustrent ce changement de régime : la croissance redevient sélective, les poches de faiblesse sont plus visibles et les investisseurs demandent davantage de preuves d'accélération organique.

Dans cette configuration, nous privilégions une approche très sélective. Les maisons bénéficiant d'une base clientèle ultra-haut de gamme, d'une exécution irréprochable et d'une forte rareté de marque résistent mieux. En revanche, les groupes plus exposés au consommateur aspirational ou à des catégories en normalisation marquée peuvent connaître des révisions bénéficiaires supplémentaires. L'euro plus ferme et les débats sur les droits de douane constituent des vents contraires additionnels.

Pour un investisseur, le luxe n'est donc pas à exclure, mais à gérer comme une option de qualité sur le second semestre, plutôt que comme un moteur immédiat de performance.

Suggestion de visuel : une matrice sectorielle notant chaque segment sur quatre axes : visibilité de croissance, soutien par la baisse des taux, sensibilité à la Chine et robustesse des marges.

5. Facteurs de Risque et Scénarios

Le risque le plus évident pour l'Europe reste externe. Une remontée durable des tensions commerciales, un durcissement des droits de douane transatlantiques ou une rechute plus nette de la demande chinoise frapperaient en premier lieu l'industrie, le luxe et une partie des biens d'équipement. Le deuxième risque est énergétique : l'inflation européenne a largement bénéficié de l'accalmie sur l'énergie ; un nouveau choc inverserait rapidement cette mécanique et limiterait la capacité de la BCE à poursuivre son assouplissement.

Le troisième risque est domestique et budgétaire. La réouverture des primes de risque souveraines reste un sujet sous-estimé en France comme ailleurs. Dans un monde où la BCE baisse ses taux mais réduit progressivement son soutien implicite, les marchés sont moins tolérants vis-à-vis des trajectoires budgétaires floues.

Nous retenons trois scénarios pour le second semestre 2025 :

  1. Scénario central - 55 % de probabilité. Croissance de la zone euro proche de 0,9 %, inflation autour de 2 %, BCE en pause estivale puis un assouplissement limité. Dans ce cadre, nous privilégions la duration euro, la technologie de qualité et les utilities régulées.
  2. Scénario haussier - 20 % de probabilité. Reprise industrielle plus nette, soutien budgétaire européen mieux transmis, demande chinoise moins faible qu'attendu. Les cycliques de qualité, les industrielles exportatrices et certaines valeurs de luxe seraient alors susceptibles de surperformer.
  3. Scénario baissier - 25 % de probabilité. Choc énergétique ou commercial, inflation de services plus collante, BCE contrainte de ralentir ou stopper les baisses de taux. Les spreads s'écartent, les actifs domestiques français sous-performent et la rotation défensive s'accélère.

Le message pratique est simple : l'Europe offre à l'été 2025 un terrain d'investissement plus constructif qu'en 2023, mais pas encore un environnement de bêta indiscriminé. La hiérarchie des bilans, de la visibilité opérationnelle et de la discipline de capital redevient décisive.

Suggestion de visuel : un diagramme de scénarios avec probabilité, catalyseurs, impact sur les taux, impact sur les actions et positionnement recommandé.

6. Conclusion et Implications Actionnables

Notre conclusion pour l'été 2025 est celle d'un environnement européen investissable, mais sélectif. La désinflation est suffisamment avancée pour justifier un biais plus constructif sur les taux et pour retirer à la BCE son statut de principal vent contraire. En revanche, la croissance reste trop modérée pour porter uniformément tous les segments de marché.

Concrètement, nous en tirons cinq conclusions opérationnelles :

  1. Reconstituer progressivement de la duration en zone euro. Le portage redevient attractif, notamment sur les souverains coeur de zone et sur l'investment grade de qualité.
  2. Surpondérer les actifs à visibilité longue. Technologie de qualité, logiciels critiques, semi-équipement et utilities de réseau présentent le meilleur rapport entre soutien monétaire et lisibilité bénéficiaire.
  3. Rester neutre à prudent sur le luxe à court terme. Le point d'entrée sera meilleur lorsque la reprise chinoise et la trajectoire des volumes donneront des signaux plus convaincants.
  4. Conserver une protection contre les chocs énergétiques et géopolitiques. La baisse de l'inflation européenne reste encore dépendante d'un environnement énergétique relativement apaisé.
  5. Surveiller quelques indicateurs avancés clés. Salaires négociés, inflation des services, Bank Lending Survey, PMI manufacturiers et rythme des commandes dans la tech européenne détermineront la qualité du second semestre.

Pour un investisseur professionnel, l'été 2025 n'appelle donc ni euphorie ni défaitisme. Il appelle une méthode : privilégier les actifs qui bénéficient de la normalisation monétaire sans exiger une reprise macro spectaculaire, tout en gardant des couvertures contre le risque énergétique et la fragmentation budgétaire.

Sources de référence

  • Banque centrale européenne, Projections macroéconomiques de juin 2025 pour la zone euro.
  • Banque centrale européenne, Décision de politique monétaire de juin 2025.
  • Commission européenne, Spring 2025 Economic Forecast.
  • Eurostat, communiqués sur l'inflation de la zone euro et le taux de chômage de mi-2025.
  • Banque de France, Projections macroéconomiques France juin 2025.
  • INSEE, Taux de chômage selon le BIT - deuxième trimestre 2025.
  • SAP, ASML, Enel et LVMH, publications de résultats 2025 et documents investisseurs.

Cette note est fournie à titre illustratif pour présenter le style de recherche de DCA Lens. Elle ne constitue ni une recommandation personnalisée ni un conseil en investissement.

Cette note est proposée comme exemple du niveau éditorial et analytique de DCA Lens pour les investisseurs francophones.